La boutique a fermé. Le goût, lui, est resté. Voici ce que nous continuons de défendre.
La Maison Demiautte a longtemps été une adresse : quelques mètres carrés où l'on venait chercher un whisky que l'on ne trouvait nulle part ailleurs, un rhum rapporté d'une distillerie familiale, une boîte de cigares gardée au bon degré d'humidité.
On n'y vendait pas du volume. On y vendait des choses choisies une par une, souvent après les avoir goûtées, parfois après les avoir attendues des années. Les clients repartaient rarement avec la bouteille qu'ils étaient venus acheter, et presque toujours avec une histoire.
Aujourd'hui la boutique n'existe plus. Ce qui nous manquait le plus, ce n'était pas la caisse enregistreuse, c'étaient les conversations. Expliquer pourquoi un fût de sherry change tout, pourquoi un rhum agricole ne ressemble en rien à un ron cubain, pourquoi on ne juge pas un cigare sur ses dix premières secondes.
Ce journal reprend ces conversations là où elles s'étaient arrêtées. Pas de note sur cent, pas de classement du meilleur produit, pas de pression à l'achat. Simplement de quoi comprendre ce que l'on boit et ce que l'on fume, et le faire mieux.
Le journal s'écrit à deux mains. Augustin Vermeulen suit le whisky et le rhum, des distilleries d'Écosse aux caves des Caraïbes. Henri Delcourt s'occupe des cigares, du champ de tabac au premier tirage. Sur les accords, ils signent ensemble, et se contredisent volontiers.
Le vrai luxe d'un amateur n'est pas de posséder beaucoup. C'est de savoir s'arrêter au bon moment, un seul verre servi à la bonne température, un seul cigare que l'on prend le temps d'accompagner. On écrit ici pour des adultes qui aiment ces plaisirs, et qui les respectent assez pour en user avec mesure.